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Carnets de route

Un jour dans la peau d’une mouette voyageuse en transit au bout du monde

Le reveil - ou plutôt ma fidele montre a quartz a dix balles acquise chez Decathlon un an et demi plus tot - emet son petit cri strident devenu si familier ce dernier mois. Il est 6h15, j’ouvre les yeux, ou du moins je tente selon la lourdeur de mon sommeil dependant directement de la fatigue accumulee lors de la soiree precedente. Le soleil est déjà haut et ma chambre est inondee d’une pale lumiere blanche. Bien sur, nous sommes en été a Ushuaia, le soleil ne se couche pour ainsi dire jamais. Le 21 decembre, jour du solstice d’été, la nuit ne dure pas plus de 3 ou 4h. Meme a ce moment la l’obscurite n’est jamais totale, une faible lueur pointe toujours le bout de son nez a l’horizon.

Allez, se lever, se trainer jusqu'à la douche et essayer de s’arranger pour ressembler a quelque chose avant de filer au boulot. Je choisis precautionneusement ma tenue du jour dans ma garde robe de « mochilero » composee de 4 tee-shirts, un pantalon, une polaire et de quelques sous-vetements uses. Heureusement que je porte un uniforme sur mon lieu de travail, autrement mes collegues (et mes clients) me prendraient pour un sans-le-sou ! Je sors de la pension ou je suis recu en tant « qu’invite extraordinaire » et marche dix minutes pour arriver au restaurant Philadelphia ou m’attend Claudia, la receptionniste de nuit, déjà en train de preparer le cafe. Ce matin le soleil est de sortie, petit plaisir appreciable quand on connait le taux de pluviometrie a Ushuaia. Cela me permet egalement d’avoir une belle vue sur le canal de Beagle et l’ile Navarino et ses montagnes enneigees tandis que je descends en trombe la rue du General Rosas. Ca y est, j’atteins la rue San Martin et jette un dernier coup d’œil au port ou s’amoncellent des voiliers des quatres coins du monde a l’ecart des enormes cargos et bateaux de croisiere. Ushuaia est aussi bien un carrefour de touristes fortunes que de marins aventureux apres tout.

Calle en Ushuaia

J’y suis, il est 7h, j’enfile mon costume de scene et m’affaire a preparer le dejeuner-buffet des clients de l’hotel au-dessus du restaurant. Les gestes sont déjà ceux d’un vieil habitue, le travail s’est transforme peu a peu en un rituel dont la routine est attenuee par la diversite des visages qui se presentent a moi chaque jour. La realisation du cycle servir, debarrasser, laver, essuyer, ranger devient presque automatique. Un cafe par ci, un jus d’orange par la, un sandwich a ma droite, un croissant a ma gauche, voila qui me sort de ma routine. Avant midi j’ai juste le temps de nettoyer la salle consecutivement d’un coup de balai et de serpillere avant de mettre le couvert. Jusqu'à maintenant ma solitude n’était trompee que par la presence d’Alejandra, la receptionniste de jour, et des femmes de chambre, Reina, Julietta et Marjo. A l’heure du dejeuner arrive Andres, le cuisiner, dont les racines colombiennes se notent facilement lorsque ce dernier vous interpelle d’un « huevon » ou d’un « parse » bien caracteristique de son pays.

J’espere que les clients vont affluer aujourd’hui. Entre journee creuse et journee pleine je choisis journee pleine. J’y fais toujours des rencontres et cela me permet de gagner quelques pesos de plus par le biais des pourboires. Seul point noir, je suis souvent oblige de raconter mon histoire sans fin. Rapidement, un dialogue type ressemblerait sensiblement a ca :

-          T’as un drole d’accent mon gars, t’es pas d’ici, pas vrai ?

-          Je suis francais.

-          Et de quel coin en France ?

-          Paris.

-          Aaaaah, Paris ! Belle ville hein ?

-          Sur. (Si j’ai un peu de temps je developpe generalement…par politesse)

-          Mais, bon Dieu, qu’est ce que tu fous la l’ami ?

-          Je travaille ca se voit pas… (Apres cette blague de mauvais gout, j’enchaine sur l’histoire de mon voyage qui evidemment ne laisse pas insensible. Ou s’ensuit alors une suite de questions toutes plus banales les unes que les autres ou mon interlocuteur commence a me submerger d’un flot de paroles incessant tout a fait typique de l’argentin moyen et je dois alors trouver un moyen astucieux de m’en debarrasser.)

Bien, quelques tables sont occupees et je jongle entre la cuisine et les clients. Les argentins sont friands des escalopes milanaises, des sandwichs et des frites, faciles a contenter. Les touristes sont plus portes sur le poisson ou une bonne viande accompagnee d’un bon vin. A 16h, alors que le cuisinier a déjà rendu son tablier, je sers les derniers clients et me prepare psychologiquement a laver la vaisselle du jour. La releve arrive et je quitte enfin la salle pour passer a la plonge. Je profite du premier moment libre qui se presente pour dejeuner a mon tour.  J’essuie le dernier verre et prend enfin conge de tout le monde, apres 17h en general.

Commence alors la partie « non programmee » de la journee. J’irais bien a la bibliotheque a deux pas d’ici mais j’ai peur de m’endormir sur le livre de Borges que j’ai recemment attaque. Ah, mais n’ai-je pas un cours de francais a preparer pour mes amis colombiens, venezueliens et argentins ? Non, pas avant demain. Et la petite brune rencontree aujourd’hui au restaurant, ne m’a t-elle pas donne rendez-vous pres de la jetee pour aller visiter la laguna Esmeralda ? Vu le temps, je doute qu’elle ne sorte aujourd’hui… La prison? Non, je l'ai visite il y a une semaine, ses murs froids et ses fenetres etroites m'avaient fortement marques. Je vais aller faire un tour pres des voiliers, malgre la bruine la lumiere est belle et j’aurais peut-etre l’opportunite de discuter avec quelques marins pour un eventuel voyage vers l’Antarctique. D'ailleurs j'ai cru comprendre que le Tara etait a Ushuaia, allons rendre visite a ces aventuriers de la mer. Le vent ne se fait presque pas sentir aujourd’hui et la temperature est agreable, probablement autour des 12°C. Le bateau de peche noir et blanc echoue depuis des annees dans le port n’a toujours pas bouge, les mouettes se laissent porter par le vent leger de fin d’apres-midi, je fais parti du lot.

En el presidio... - Ushuaia  Corridor oscuro y frio del presidio - Ushuaia  Tara - photo du site web Tara Oceans

Anochecer sobre Ushuaia (eran las 23h!!)

Apres avoir deambuler sans but jusqu’au debut de la soiree, je me joins a quelques amis pour partager une petite biere. La soiree risque de se prolonger on dirait ; au choix : cuisine internationale, soiree cine, discussions en tous genres, ecumage de bars (generalement celui ou je travaille vu que l’ambiance y est bonne et que je ne paye pas mes consommations…), improvisation imaginative, etc.

Bar improvisado en un barco abandonado - Ushuaia

Je rejoins finalement mon antre bien trop tard, j’aurais encore du mal a me lever demain, un mardi. Mince, qu’est que ca sera samedi ? Je serai encore tellement fatigue que j'aurais la flemme de mettre le pied dehors...

Ushuaia, a la croisee des chemins

J’entame ma quatrieme semaine a Ushuaia. Nous sommes a l’aube du mois de decembre 2010 et d’un nouveau noel passe loin de ma famille et de mes amis. L’etat d’esprit est cependant au beau fixe et ma situation quelque peu differente de l’annee derniere. Arrete pour quelques mois afin de collecter quelques pesos (j’aurais prefere des euros vu le taux de change) et faire un bilan de mi-parcours, je me rends compte que j’ai acheve une etape et je suis maintenant en pleine maturation de la suivante. L’idee initiale de filer vers l’Asie par la suite est plus que jamais d’actualite. Dans combien de temps ? Par quel mode de transport ? Depuis ou et apres quelles nouvelles peripeties en Amerique Latine ? Bueno, tout ca reste a voir…

En attendant quelques mots sur Ushuaia la mythique, la legendaire, l’inatteignable ! A vrai dire, pour moi ce serait plutôt Ushuaia la controversee. Mon opinion est que la ville patit d’une expansion fulgurante due au tourisme. Cette expansion a engendre la venue de nombreux travailleurs tous azimuts qui n’hesitent pas a raser les bois de lengas (arbre local) et a s’installer sur les flancs des montagnes bordant la ville. Ainsi, des quartiers se forment a partir de rien et ne ressemblent finalement…a rien. On assiste en effet a la construction d’habitats faits de bric et de broc sans gestion des eaux usees, sans système de recuperation des dechets (ou au mieux inefficaces), avec le gaz gratuit (subventionne par l’etat) ce qui evidemment n’engage pas a une conscience environnementale pointue et des rues de terre qui se transforme rapidement en boue lors de chutes de neige. Quant au centre, concentre autour de la rue San Martin, il n’offre rien de transcendant mis a part des boutiques exposant des vitrines remplies de peluches de pingouins ou de tee-shirts affichant fierement la devise de la ville : « Ushuaia, fin du monde, debut de tout ! » En gros, tourist-land version fin du monde… J’ajoute a cela que la zone industrielle est aussi laide que ses milliers de semblables, qu'elles appartiennent a la France, le Perou, la Thailande ou la Nouvelle-Guinee.

la zona industrial puede ser bonita cuando quiere... - Ush

Heureusement, le tableau est loin d’etre aussi noir puisque les environs de la ville sont superbes. La vue depuis les hauteurs de la ville sur le canal de Beaggle peut etre epoustouflante lorsque le soleil perce les nuages pour illuminer parcimonieusement l’eau grise de l’ocean Atlantique. Les montagnes ne sont pas impressionnantes de par leur hauteur mais leur relief laisse tout simplement reveur et il est dur de s’arracher a leur contemplation. Les forets de lengas sont envoutantes et lors d’une promenade dans les bois on s’attend a tout instant a tomber nez a nez avec un elfe ou encore un lutin qui surgirait de la verdoyante mousse qui recouvre chaque coin de terre. La foret est jonchee de bois mort qui donne au lieu un aspect de delabrement charmeur et de nature indomptee. La faune et la flore s’apparentent a celles de la Patagonie de la cordillere. Je n’en dirais pas plus et j’invite les plus curieux a aller se renseigner sur les lions de mer, les castors, les pingouins, les hongos del indio, les lengas ou les coihues pour ne citer qu'eux. Au sein d'Ushuaia, la jetee et la marina sont aussi des endroits tres agreables ou se promener. Un vieux bateau echoue sert precisement de lieu de rencontre ou descendre quelques mousses apres le travail et echanger des souvenirs de voyage a l’image de vieux briscards.

canal de beaggle - Ush  laguna esmeralda - Ush  cerro olivia y cinco hermanos - Ush

bosque de lengas - Ush  Our boat! - Ush

Malgre mon peu de temps libre, j’ai malgre tout reussi a explorer un peu les environs par l’entremise de quelques ballades bucoliques.

Le temps a Ushuaia est egalement quelque chose de fascinant. Imaginez un endroit ou les 4 saisons se succedent en un seul jour : du froid ciel bleu azur le matin lorsque je m’en vais travailler, on passe ensuite a la pluie fine et aux gros nuages gris-noir qui annoncent une chute de neige qui est ensuite remplacee par le retour du soleil, haut et chaud cette fois, et une eventuelle brise qui se transforme parfois en rafales glaciales. Nous sommes ici presque en ete, cependant attribuer une saison a cet endroit unique qui possede son propre micro-climat n’a, selon moi, aucun sens.

En ce qui concerne ma petite vie a Ushuaia, les premieres semaines ont été plutôt remplies. Mon travail de serveur/plongeur/aide cuisinier/caissier/homme de menage est particulierement instructif sur le domaine de la gastronomie que je n’avais jamais frequente. Il existe par ailleurs nombre d’exigences dans la restauration que je n’aurais jamais soupconne ; a part ca mon seul probleme est ma grande gourmandise qui me pousse a piller les reserves de nourriture de la cuisine. Cependant, je lutte ferocement contre mes instincts carnassiers pour eviter de me faire jeter dehors pour « appetit insatiable ». Sans doute une faute professionnelle grave dans ce metier… Mes collegues de travail sont plutôt sympathiques et j’ai bien été integre a l’equipe. J’ai maintenant assimile la routine du boulot et mes 60h de travail hebdomadaires, dimanches exclus, ne me fatiguent plus autant que les premiers jours.

En 3 semaines j’ai eu l’occasion de changer 4 fois de logement et je suis maintenant dans la maison de Liliana, une femme adorable et incroyablement energique qui me loue une chambre pour une misere. L’avantage de n’avoir qu’un sac a dos pour seul bagage est la rapidite de mes demenagements…

La particularite d’Ushuaia est d’etre la ville la plus au sud du continent americain. Cette particularite attire un grand nombre de voyageurs (et de touristes dont la majorite, et je m’en excuse, ne comprennent pas le sens de ce que cela signifie puisqu’ils arrivent directement de Buenos Aires apres 2h d’avion) qui, une fois sur place, ne peuvent aller plus au sud et restent donc ainsi quelques temps en ville. Pas plus au sud ai-je dit ? A voir… Il se trouve qu’avec mes amis russes nous avons eu l’opportunite de rencontrer une sommite dans le « vagabondage comme philosophie de vie », Juan Villarino, dont j’avais lu le recit des aventures au Moyen-Orient lorsque j’etais au Perou. Le bonhomme revenait tout simplement de 10 jours en Antarctique aux frais de la princesse apres avoir reussi a se faire prendre en stop sur un bateau de croisiere ! Chapeau ! Ce fut une belle reunion d’auto-stoppeurs au long cours entre George et Anastasia et leurs 19 mois de voyage, Juan et Laura, tous deux voyageurs inveteres et experimentes, qui entament un trajet Antarctique-Groenland et moi-meme qui en suis tout de meme a 15 mois de peregrinations. Je cite les temps de voyage mais la maniere importe bien plus, a retenir jeunes voyageurs en herbe !

Hitch-hikers summit! - Ush

Outre cette belle rencontre, j’avais déjà mentionne Patrick, un jeune auto-stoppeur de l’extreme venu tout droit des States (on lui pardonne, c’est pas facile a porter) et qui tente d’accumuler quelques pesos en travaillant ici comme boulanger. J’ai egalement retrouve des amis colombiens rencontres a Bariloche ;ces derniers restent travailler a Ushuaia et je les croise donc souvent. Une amie de Mendoza, Valeria,  egalement venue remplir les bancs des travailleurs temporaires d’Ushuaia. Un orchestre de jeunes bouddhistes « portenos » (terme attribue aux habitants de Buenos Aires) dont la philosophie de vie ressemble etrangement a celle du « mochilero » a l’esprit avise et ouvert sur le monde. Une sociologue bresilienne parlant un francais impeccable et connaissant Grenoble et Paris sur le bout des doigts. Le destin est joueur… Et enfin, beaucoup de francais qui me permettent de me rememorer la langue de Moliere que j’oublie peu a peu par manque de pratique, beaucoup d'argentins toujours aussi sympathiques et bien d'autres.

Orquesta Vanguardia Ikeda tocando - Ush  Caminata al glaciar Martial - Ush

Mes amis russes ont finalement quitte la ville et entament leur voyage du retour vers le Canada, je leur souhaite bonne chance et un bon voyage. Les uns s’en vont, les autres restent ; cela semble etre le credo de cette ville a la croisee des chemins…

Locos vagabundos rusos, pero bueno, son mis amigos... - Ush

Primera semana en Ushuaia

J’entre dans la station YPF pour me proteger de la neige et tenter de joindre Juan-Manuel, mon contact a Ushuaia. Entre alors un jeune vagabond avec pancho sur les epaules et sac sur le dos, je me vois dans un miroir… Patrick est americain et a quitte son Texas natal il y a un an environ. Depuis il arpente les routes de l’Amerique Latine sans but precis. Il voyage en stop evidemment et dort plus souvent a l’exterieur qu’a l’interieur. Il a 20 ans, est idealiste, aventureux et irresponsable. Alors que je joins finalement Juan Ma qui m’autorise a rester chez lui quelques jours afin de trouver du boulot, mon jeune ami se trouve un beau container vide ou il elit domicile. C’est pas le pied niveau commodite, j’en ai fait l’experience au Bresil, mais ca fera l’affaire pour quelques nuits j’imagine.

De mon cote, je fais la connaissance de Juan Ma, un ami de la famille Curutchet de San Rafael. Jeune avocat de Buenos Aires, il a ete recemment mute a Ushuaia. C’est egalement un sportif endurci et un kayakeur hors pair (il a relie Punta Arenas a Ushuaia en kayak il y a peu !).

Vista sobre los techos de Ushuaia  Puerto de Ushuaia

Le lendemain de mon arrivee le temps s’ameliore. Je ne perds pas de temps, je m’en vais me renseigner sur les modalites de travail a Ushuaia. J’ai decide de travailler afin de reposer mon esprit fatigue par plus d’un an de voyage et accessoirement afin de renflouer mon compte bancaire. Ushuaia, avec sa saison touristique de novembre a mars semble etre l’endroit ideal pour un arret de ce type. Apres une matinee a courir de Manpower a l’ANSES (la secu argentine) puis au service d’immigration, je me rends vite compte que le travail au noir semble etre la seule alternative pour un emploi de quelques mois en tant que « touriste » (c’est que dit mon passeport). Je m’en vais donc distribuer des dizaines de CV dans les bars, hotels, agences de voyage, restaurants de la ville. Apres 2h de ce petit jeu, je tombe sur le patron d’un restaurant cherchant justement un serveur. Mon experience dans le domaine se limite au service de sandwichs a la cafet’ de mon ecole et au service de verres corsés dans les soirees etudiantes (enfin disons « beuveries », soyons honnetes) de Grenoble. Tout ca un peu amplifie sur un CV parait une experience tout a fait acceptable…

Bref, je suis engage sur l’instant et commence le service le soir-meme. Ensuite, je suis assigne au service du petit-dejeuner des clients de l’hotel et au service du dejeuner le midi. Un boulot de 60h par semaine travaillant 6 jours sur 7, ca fait drole au debut. Surtout pour un type « en vacances » depuis 14 mois ! Parallelement a ca, je me dois de trouver un logement decent et bon marche. Lorsque arrive la fin de semaine je n’ai encore rien vu d’Ushuaia, j’ai le dos en compote et je n’ai que de faibles pistes pour des chambres chez l’habitant. Le dimanche arrivent mes amis russes a Ushuaia qui m’annoncent qu’ils ont rencontre une jeune femme, Ana, qui va les loger gratuitement et indefiniment en ville. Ne cherchez pas a comprendre, hospitalite argentine. Meme si la, le cas est plutôt extreme… Du coup, je m’ajoute au groupe et le probleme du logement n’est plus un probleme.

Apres tant de temps passe sur la route, maintenant place au boulot et a une vie rangee. Enfin, tout ca n’est que temporaire…

Yo en mi  traje de mozo - Ushuaia

Recto a Ushuaia!

Apres une tentative de Couchsurfing ratee a Puerto Natales, je quitte donc la ville le lendemain de mon retour du parc national Torres del Paine. Premier court ride de 10 km jusqu'à la deviation pour Ushuaia. Ensuite c’est Juan qui m’embarque. Revenant du parc avec son van il me permet d’arriver a quelques 80 km du detroit de Magellan que je dois franchir pour passer sur la Isla de la Tierra del Fuego. Ce dernier s’en va pour Punta Arenas, plus au sud. Je tombe alors sur Javier qui me depose a 15 km du detroit en question. Meme pas le temps de sortir mes biscuits pour casser la croute que Guillermo et Francisco font une pause dans leur folle chevauchee a bord de leur gros SUV pour me prendre en stop. Nous arrivons a l’embarcadere qui permet de monter a bord du bateau qui traverse le detroit. Juste a temps ! Nous sommes suivis par des toninas pendant le voyage. Il s’agit de petits dauphins noir et blanc qui paraissent aussi vivaces et joueurs que leur congeneres communs.

Estrecho de Magallanes

La chevauchee fantastique se poursuit jusqu'à Rio Grande tout en ecoutant Francisco me parler avec ferveur de la politique des Kirchner. Une fois arrives a destination, alors que j’annonce que je souhaite trouver un coin pour dormir, Guillermo me propose de venir dormir chez lui. J’accepte avec enthousiasme ! Sans compter que je n’ai pas pris de douche depuis une semaine, que je n’ai pas dormi dans un vrai lit depuis Comodoro Rivadavia et que je n’ai pas eu de repas decent depuis…et bien je ne m’en souviens meme pas !  Je reste finalement 3 jours dans cette ville sordide et industrielle, parcourue de vents violents et faisant face a la mer d’un cote et a la plaine de l’autre. Les 3 jours passe en compagnie de Guillermo et sa famille me permettent de me reposer, de travailler un CV monte de toutes pieces dans l’espoir de trouver un boulot a Ushuaia et de me regaler de la cuisine maison.

Las islas malvinas son argentinas!  Guille y Teddy Alberto - Rio Grande  Desfile gaucho en las calles de Rio Grande

"Muchas gracias Guille para tu hospitabilidad! Nos vemos pronto cuando paso por Rio Grande o cuando bajas a Ushuaia!"

Je quitte Rio Grande l’apres-midi du troisieme jour sous un temps superbe et me fait facilement embarque par Pancho qui va droit a Ushuaia. Apres 40 km la plaine se transforme en bois et la plaine laisse place aux montagnes. Passe Tolhuin, le temps se degrade considerablement et lorsque nous passons le Paso Garibaldi la tempete de neige est a son comble. En fin de journee, malgre la neige, je suis a Ushuaia. Cette arrivee marque une etape dans le voyage. Maintenant, a moins d’obtenir un billet pour l’Antarctique (ce qui n’est pas exclut), ma route me menera du sud au nord et non plus du nord au sud.

Tormenta de nieve - Paso Garibaldi

Vuelta Natales - Paine - Natales

Une fois la frontiere passee j’atterris rapidement a Puerto Natales, un petit port touristique s’ouvrant sur la cote pacifique et les meandres aqueux qui caracterisent le sud de la Patagonie chilienne. Apres un rapide coup d’œil dans le centre ville de ce village pittoresque, l’achat de quelques vivres, je sors de la ville et m’en vais camper tranquillement sur l’herbe parfaitement tondue du campus de la Universidad Patagonica. Reveil matinal le lendemain pour une marche de quelques kilometres afin de trouver le meilleur endroit pour entamer le stop jusqu’au parc national Torres del Paine, veritable joyau du sud du Chili.

Puerto Natales  Puerto Natales

Je suis a nouveau chanceux et attend a peine 20 minutes avant qu’une camionnette ne m’embarque jusqu'à l’entree sud du parc. Alors que je prends un instant pour etudier le plan du parc une fois a l’interieur, j’entends un klaxon resonner dans mon dos. Je reconnais immediatement Elseen qui me fait signe par la fenetre de la Chevrolet de location conduite par mes amis hollandais d’El Calafate. Je salue chaleureusement Fred et Elseen et grimpe dans le vehicule avec entrain. Ils se rendent 40 km plus au nord, a l’hotel Las Torres, un luxueux etablissement dans l’enceinte du parc. Sur le chemin nous nous arretons pour 2 courtes randonnees offrant des vues panoramiques splendides sur les richesses du parc, notamment l’amas montagneux si particulier qui fait la celebrite du lieu. Apparu suite a des mouvements de plaques tectoniques, a des eruptions volcaniques et d’autres phenomenes volcaniques et terrestres sous-terrain, les pics et monts qui s’elevent au milieu du parc possedent differentes couches de roche de couleurs bien distinctes et sont particulierement escarpes. Au sein de ce paysage magnifique et en plein cœur de la Patagonie chilienne j’en profite pour en savoir egalement un peu plus sur mes amis hollandais et leur beau, plat et petit pays.

Paisaje del parque Torres del Paine (si, hay viento por alla...)  Paisaje del parque Torres del Paine  Paisaje del parque Torres del Paine

En fin de journee nous arrivons a leur hotel ou je suis invite a diner. J’hesite presque a entrer, de peur de salir le sol immacule… Comment un tel endroit a-t-il pu trouver sa place au milieu de cette etendue sauvage ? Lorsque je quitte mes amis il est déjà 17h, j’ai pres de 20 km a parcourir en pleine montagne avant d’arriver au « campamento italiano », lieu que j’ai choisi pour dormir ce soir. En 4h de marche soutenue sans pause, exceptees celles faites pour m’abreuver dans les nombreux cours d’eau qui jalonnent ma route, j’atteins mon objectif. La nuit vient de tomber et j’ai juste la force de me glisser dans la tente pour dormir. Encore 20 km le lendemain et j’atteins mon objectif ultime : le glacier Grey. J’ai volontairement tire un trait sur le glacier Perito Moreno sachant que je parviendrais a m’offrir le glacier Grey ; et le voila sous mes yeux ! Plongeant dans le Lago Grey de chaque cote de « La Isla », le glacier est immense, pres de 270 km2 de superficie! Je suis le seul a camper pres du glacier et j’en profite pour faire un peu d’escalade incognito. Je descends jusqu’au glacier et m’offre au passage quelques frayeurs sur la paroi rocheuse raide et glissante qui me permet d’acceder a la bete. La puissance qui se degage de ce monstre de glace est impressionnante. De pres, le glacier se fait fontaine. Il ruisselle de toutes parts et je suis oblige d’utiliser la capuche lorsque je penetre dans une des caves situees a sa base. Bleu. Un incroyable bleu eclatant, presque aveuglant, me surprend a l’interieur de la cave. Je reste encore quelques instants pres du glacier et finalement entame l’ascension du retour. Une fois en haut je reste sur mon perchoir a observer le glacier qui s’etend sur 28 km vers le nord. Le temps se suspend, la vue de cette merveille naturelle est grandiose, imposante. Je m’arrache finalement de la contemplation hypnotique dans laquelle j’etais plonge et me resous a rejoindre mon campement.

Glaciar Grey

Glaciar Grey  Glaciar Grey  Glaciar Grey

Glaciar Grey  Glaciar Grey  Glaciar Grey

Le retour se fait le lendemain apres avoir parcouru une trentaine de kilometres vers le sud. J’atteins enfin le chemin en fin de journee et arrive miraculeusement a me faire prendre par le premier camion croisant ma route. Retour a Puerto Natales et retour au campus ou j’avais campe 3 nuits auparavant.

Torres del Paine

El Chalten a Rio Turbio: entre hielo y carbon!

Je suis a El Chalten en fin de journee apres que Mariano m’ait depose pres de l’office des gardes-parc. Apres une rapide discussion avec ces derniers, je me decide pour une rapide ascension jusqu'à la Laguna Capri afin d’y camper. Hop, on fait le plein de pain et de fromage et on est parti ! J’arrive pile pour le coucher de soleil sur le Mont Fitz Roy qui trone fierement au milieu de ses congeneres de taille plus modeste et quasiment tous baptises de nom d’aviateurs francais en hommage aux debuts de la Aeroposta Argentina dans les annees 20/30.

Fitz Roy - El Chalten    Bosque cerca del Fitz Roy - El Chalten

Le lendemain, apres un spectaculaire lever de soleil sur le lac, je prends la direction du glacier de Piedras Blancas. Je rejoins en chemin un valeureux touriste australien qui m’accompagne quelques temps. Je fais ensuite le trajet en solitaire jusqu’au glacier. Arrive au pied de ce dernier je savoure enfin la vue de mon premier glacier patagonique. Apres une tentative d’ascension avortee pour cause de rafales et d’eclairs de lucidite sporadiques sur mes competences d’alpiniste, je redescend en longeant le lac forme par le glacier en contrebas. L’eau a une couleur laiteuse au plus pres du glacier tandis que les lacs du parc se situant plus en aval possedent une eau cristalline, presque turquoise, filtree par le sable et la roche des cours d’eau.

Glaciar pedras blancas - El Chalten  Glaciar piedras blancas - El Chalten

En milieu de journee je m’arrete planter la tente au campement Poincenot. Je suis fatigue de mes tentatives infructueuses d’ascension du glacier et n’irai pas plus loin aujourd’hui. Le lendemain, je rentre ainsi tranquillement en passant par le chemin longeant le rio Fitz Roy. Chemin qui m’offre une vue splendide sur le Cerro Torre, un mont dont la facade possede une pente de presque 90°, comme si un geant avait taille la pierre a la hache d’un simple coup sec. Impressionnant ! La vallee n’en est pas moins belle, surtout en cette saison ou la nature renait doucement apres la rudesse de l’hiver.

En milieu d’apres-midi je reprends le stop a l’endroit ou l’on m’avait depose 2 jours auparavant. Apres 2h d’attente frustrantes a voir me passer sous le nez de nombreux vehicules, je suis embarque par Fred et Elseen, un couple de hollandais profitant d’un mois de vacances en Argentine. Lui est architecte urbaniste, elle travaille dans un service specialisee dans les soins ultimes dans un hopital. La discussion se fait en anglais -ce qui me change un peu du castillan- tandis que nous nous rendons a El Calafate ou sont loges mes amis du jour. Sur le chemin nous passons 2 immenses lacs : le Lago Viedma et le Lago Argentino, tres prises des pecheurs. Nous sommes a El Calafate en fin de journee. L’attraction de la ville est sans doute aucun le glacier Perito Moreno que des bancs de touristes vont visiter chaque jour dans des minibus speciaux. Trop cher, trop industriel, trop surfait et trop difficile d’acces a pied, je choisis de passer ma route. Je prends une douche rapide dans un camping avant d’aller camper derriere l’office de tourisme. Le lendemain matin je refais mes provisions et me rends au contrôle de police a la sortie de la ville. Je me fais rapidement embarque par Carlos qui s’en va pecher au Lago Argentino. Un coup de peche, ca te tente Franchute ? Pourquoi pas, vamos ! Et me voila donc a pecher la truite sur les bords de ce sublime lac a l’eau turquoise et offrant un magnifique spectacle de pics enneiges en fond. Apres 4 ou 5 lancers, je perds malencontreusement la meilleure cuillere de Carlito qui se decroche sans prevenir. Mon père et mon oncle vont maugreer en lisant ces mots, tant de lecons de peche pour un tel resultat ! Ce que j’en dis c’est que l’eleve prend generalement exemple sur le maitre, a mediter messieurs…

Carlito y su trucha arcoiris - Lago Argentino  Lago Argentino  Carlito pescando en el lago Argentino

Apres quelques heures agreables a regarder Carlos pecher (bizarrement il ne me proposera plus la canne apres mon lancer malchanceux), nous rentrons vers El Calafate. Carlos me depose en chemin au milieu de nulle part ; comme d’hab’ devrais-je dire dans cette region. La nuit n’est pas encore tombee, j’ai le temps de faire encore un peu de stop. Bingo ! Juan s’arrete a bord de son camion Renault et m’emmene. Il se rend a Rio Turbio, a la frontiere chilienne. Environ 200 km a parcourir en pleine pampa avec pour toute presence humaine entre les 2 villes quelques « estancias » desertes.

Un coucher de soleil de la pampa est un phenomene unique et incroyablement beau, pur, presque sacre. Celui auquel j’assiste ne fait pas exception. Ou disparait le ciel ? Quoi est nuage, quoi est terre ? Tout se melange, tout s’imbrique et forme un veritable kaleidoscope de couleurs aux tons obscurs. Juan s’avere un interlocuteur interessant et nous echangeons nos idees sur la politique argentine et la mentalite des argentins en general. L’homme possede un point de vue original et sans concessions sur ses compatriotes. Nous arrivons a Rio Turbio vers minuit et Juan me laisse dans le centre ce qui m’oblige a trouver un endroit ou dormir d’urgence. Une porte ouverte, de la lumiere, des voix, j’entre et je demande a camper sur le terrain bordant la maison. Nuit humide, troublee par 2 chiens « callejeros » tentant d’accomplir des choses pas tres catholiques a 5 metres de la tente. De toute facon j’ai bu trop de « maté »  avec Juan et il m’est impossible de fermer l’œil.

Le temps est toujours a l’humidite le lendemain, reference a la pluie fine qui tombe sur la ville. Rio Turbio est fameuse pour sa mine de charbon qui regule l’economie de la ville. Il parait que la mine en question recherche des travailleurs, je partagerais bien la vie des mineurs pour quelques temps, une experience de plus. Apres quelques formalites de routine, je me presente finalement aux ressources humaines de YCRT (Yacimiento Carbonifero de Rio Turbio), l’entreprise qui gere le gisement de charbon. Imaginez un type trempe de la tete aux pieds, avec un sac de montagne en piteux etat sur le dos et a l’allure de vagabond entrant dans le bureau soigneusement decore de la responsable des RH de YCRT, portant alors fierement un beau tailleur noir a cette occasion. Le contraste est assez saisissant et  le saugrenu de la scene m’arrache d’ailleurs un sourire alors que je penetre dans le bureau. Trop de paperasse requise pour le boulot en question et la priorite est donnee aux locaux, je ne terminerai donc pas mineur. Neanmoins, j’apprends que la mine possede un tunnel reconverti en musee et salle de demonstration pour les ecoles. Je parcours donc 4 km sous la pluie afin d’aller voir la fameuse mine. Je ne suis pas decu de m’etre donne la peine car la visite est particulierement interessante (voir la page de Promethee). Mon seul regret est de n’avoir pu rencontrer des mineurs pour discuter de leurs conditions de travail. Je retourne ensuite en ville et couvre a pied les 5 km qui me separent de la frontiere chilienne. Me voila de nouveau en territoire chilien.

Mina Rio Turbio  Mina Rio Turbio  Mina Rio Turbio

Hasta los glaciares

Je quitte le Chili et je suis a nouveau seul dans la nature. En lieu et place des guanacos se trouvent aujourd’hui des flamants roses, des oies sauvages, des canards, des nandus (petites autruches toutes aussi rapides que leurs lointaines cousines), un tatou, un tas de brebis et de lievres et des « pupiac pisa » (a vrai dire je ne connais pas le nom local mais j’ai decide de les nommer ainsi, nom qui est en fait l’acronyme de « putain de piaf a la con qui piaille sans arret ») qui n’ont pas arrete de me harceler pensant surement que j’en voulais a leurs nids. Je passe la frontiere sans souci mais le "stop sans auto" se poursuit neanmoins de l’autre cote. Cependant, le moral est haut. En moins de 2h j’ai trouve successivement sur le chemin un fer a cheval et une patte de lapin. Il ne me manque plus que le trefle a quatre feuilles et j’aurai la panoplie du parfait petit chanceux !

Dejando los carabineros delpaso roballos

Et un fer a cheval, un!  Et une patte de lapin, une!

En fin de journee, apres etre passe du Che a J.J. Rousseau et a son discours sur l’Origine de l’inegalite entre les hommes (l’un des deux auteurs a un effet soporifique, saurez vous deviner lequel ?), je suis finalement embarque par Martinez qui administre une « estancia » a 5 km de la. Il me laisse avec ses 3 employes : Jose, ramon et Jorge, avec qui je passe la soiree. Jorge s’avere un redoutable joueur de dames et Jose un excellent cuisinier. Le lendemain j’ai meme le luxe de pouvoir prendre une douche chaude avant que Martinez ne me depose a Lago Posadas, 60 km plus au sud. Plutôt efficaces le fer a cheval et la patte de lapin ! Le voyage entre la estancia et le village est spectaculairement beau, melange de montagnes, steppes, lacs de sel et rivieres issues de glaciers. Chaque virage fait apparaitre un nouveau paysage tandis que la grosse camionnette de Martinez s’amuse a faire fuir les brebis au bord de la route.

En la estancia sol de Mayo - cerca paso roballos lado argentino

Par un heureux coup du sort, je tombe sur Victor (celui qui m’amena jusqu'à Perito Moreno quelques jours plus tot) au coin d’une rue du petit village. Je discute un peu avec lui avant de l’abandonner pour faire du stop. J’attends peu avant qu’une camionnette ne me laisse a Bajo Caracoles, sur la ruta 40. Enfin me dis-je, je vais pouvoir enchainer les rides et arriver fissa a Calafate. Que nenni ! Je passe tout l’apres-midi au bord de la route a voir passer les camions bennes participant au chantier d’asphaltage de la route. D’ailleurs peu son reellement en fonctionnement car on vient d’apprendre la mort de l’ancien president et mari de l’actuelle presidente Cristina Kirchner. De quoi remettre en question le futur du monopole des Kirchners a la tete du pays…

Aburrido en Bajo Caracoles

Bref, je suis contraint de camper dans le village fantome de Bajo Caracoles le soir en attendant meilleur sort le lendemain. En apparence ca commence comme la veille et je dois attendre 11h avant que ne se presente Taly, Rosemary sa femme, ses 2 jumeaux de 3 ans et Nina, la grand-mere. La vue de la charge monstrueuse de la voiture m'enleve tout d'abord tout espoir. Mais Taly met les 2 sieges enfant a l’arriere, Rosemary en prend un sur les genoux et « adelante » ! Formidable ! Ces derniers se rendent a Calafate et me depose a l’intersection pour El Chalten apres 5h de voyage. Voyage qui s’est tres bien deroule par ailleurs. J’ai fait la discussion avec Nina et je suis intervenu avec mon cahier et mon crayon lorsque le lecteur DVD des petits est tombe en rade. La route en elle-meme est par contre d’un ennui mortel : pampa a perte de vue parcourue sur une route de terre cahoteuse.

Arrives a la deviation pour El Chalten, nous nous apercevons que la voiture a un pneu a plat. Alors que Taly commence a reparer je me fais embarquer par Mariano qui s’était arrete pour aider. Je sais, ca a l’air tres ingrat comme ca mais ils m’ont tous encourage a y aller. Mariano, qui travaille dans le tourisme, profite des 90 km qui nous reste avant d’arriver au village pour me faire un tour d’horizon des possibilites touristiques du lieu. L’arrivee a El Chalten est grandiose ! Le petit village est surplombe par le Mont Fitz Roy qui culmine au centre de la chaine de montagnes qui se situe en plein cœur du parc national Los Glaciares. Ce dernier porte bien son nom puisqu’il accueille une partie du grand "Campo de Hielo Patagonico" qui comporte pas moins de 47 grands glaciers! Il s'agit de la plus grande masse de glace au monde apres l'Antarctique. Si avec ca je n'arrive a m'approcher d'au moins un glacier, je rentre en France fissa!

Si, soy tan grande como el Fitz Roy! - El Chalten

En Chile por casualidad sin un peso pero, si, con dos sandwiches!

Objectif en quittant Comodoro: retraverser le continent, derniere fois promis (!), pour aller me coller a la cordillere et ne plus la quitter jusqu'à la Tierra del Fuego. Apres un peu d’attente je quitte enfin Comodoro. J’atteris a 10 km mais cela me permet ensuite d’avoir un ride pour Caleta Olivia avec Alejandro et son fils qui revienne de la peche a Sarmiento, une ville de l’interieur a quelques 300 km de la. Le littoral est joli mais venteux. Caleta est bien triste et depend autant du petrole que sa grande sœur au nord, je ne m’y attarde pas et entame le stop vers Pico Truncado. J’ai besoin de 2 rides pour y arriver dont un en camion avec Esteban, vieux briscard de l’industrie du petrole. A croire que si tu ne vis pas du fameux liquide dans le coin autant te chercher un autre endroit pour vivre ! Pico Truncado ne differe des villes precedemment citees que par son environnement ; la ville se trouve dans la grande pampa qui separe la cote de la cordillere et le sable a fait place a un paturage sec et epars.

J’arrive ensuite a Las Heras, dont les acces sont bloques par des barrages. Probleme de salaires, je commence a etre habitue. Nous arrivons finalement a entrer avec le camion frigorifique dans lequel je me trouve. Le barrage me favorise au moment de sortir de la ville puisque cela me permet de sympathiser avec Victor, « l’intendente » de Lago Posadas, un petit village de la cordillere situe a l’ouest. Il m’embarque jusqu'à Perito Moreno a bord de sa camionnette.

Nous arrivons en debut de soiree et il ne me reste plus comme solution que de camper sur la place municipale. Personne ne me derange au cours de la nuit et encore moins le lendemain matin, un dimanche ou personne ne semble vouloir se donner la peine de se lever. A mon grand bonheur, le seul commerce ouvert est une boulangerie et je peux ainsi donner libre cours a ma gourmandise. Quelques touristes se rendent a Los Antiguos, la capitale nationale de la cerise, et j’en profite pour sauter dans une voiture. Mon chauffeur est egalement un cadre de l’industrie petroliere qui voyage avec sa fille et son beau-fils. J'ai droit a la photo souvenir du francais fou qui tente un tour du monde. Je dois bien orner quelques cheminees depuis le temps! L’arrivee a Los Antiguos est superbe puisqu’elle offre une vue plongeante sur le lac Buenos Aires et les montagnes enneigees de la cordillere au loin. Ce lac est connu pour etre le second plus grand d’Amerique du Sud apres le Titicaca.

Lagunas al bordo del lago BsAs

Une soudaine impulsion me fait passer la frontiere chilienne a cet endroit et j’arrive ainsi a Chile Chico a bord d’une camionnette qui se rend a l’autre bout du lac BsAs (qui s’appelle d’ailleurs General Carrera du cote chilien, apparemment le seul lac au monde a posseder 2 noms officiels). La camionnette est occupee par un jeune couple americano-argentin, Dora et Marcos, ainsi que par les parents de Marcos. Je passe finalement quelques heures en leur compagnie a faire un peu de tourisme le long de ce lac surprenant qui offre des paysages incroyables. Je descends a Maiten ou je suis alors embarque par Francisco et Ricardo, deux pilotes d’helicopteres vivant a Cochrane et faisant des etudes dans la region pour la future implantation de plusieurs barrages hydroelectriques.  Le voyage jusqu'à Cochrane est splendide, il s’agit du sud de la fameuse « carretera austral » qui mene de Villa O’Higgins a Puerto Montt.

Dora, Marcos y los papas de Marcos - cerca de Chile Chico  carretera austral cerca de Cochrane

A noter que j’ai decide de tenter ma chance au Chili sans le moindre peso et qu’il ne reste plus dans mon sac que 2 sandwichs fameliques et une pomme. Va falloir y aller au culot… Ca commence plutot bien puisque les parents de Marcos m’avaient déjà gave de galettes jusque la et Ricardo m’offre une part de son gateau d’anniversaire de la veille une fois a Cochrane. Pas d’invitation a rester dormir, dommage. Je passe alors chez les carabiniers pour m’enquerir d’une possible poursuite du voyage vers O’Higgins. Cela parait compromis puisque la seule possibilite de revenir en Argentine depuis ce point est la prise d’un bateau qui mene jusqu'à la frontiere et ensuite une randonne a cheval de plusieurs heures qui m’amene au premier village, le tout etant excessivement onereux evidemment. Je vais donc la tenter de la facon « classique » par le Paso de Roballos le lendemain. En attendant trouver un coin ou dormir. Rien ne se presente et, abattu et fatigue, je sonne a la premiere porte que je croise et demande l’autorisation de camper sur la propriete. En 5 minutes la tente est montee et je me trouve a roupiller dans mon duvet bien chaud (heureusement que j’en ai change soit dit en passant car pas une nuit ne depasse le zero degre pres de la cordillere en cette saison). La tenue de nuit ne differe jamais bien de celle du jour, j'ai juste a quitter les chaussures!

Depart tot le lendemain. Pas une voiture sur les premiers 10 km ce qui me contraint a une marche forcee. Court ride de 15 km ensuite qui me mene a la deviation pour le Paso de Roballos. Je patiente en lisant les Notes de Voyage d’un tout jeune Ernesto Guevara qui avait deja quelques accents revolutionnaires. A part ca, le « Che » nous conte les aventures de son premier voyage et fait mention de toutes les roublardises qu’il eut pu faire en compagnie de son ami Alberto lors de son periple. A dire vrai, je suis un veritable enfant de chœur compare a eux qui n’en manquaient vraiment pas une ! Fini la pause lecture, un camion s’amene qui m’embarque pour 15 km a Villa Chacabuco, un centre touristique en construction sous la tutelle du patron americain de The North Face, Douglas Tompkins, qui semble se dedier profondement a la cause environnementale depuis plusieurs annees. Il a justement achete une majorite des terres de la region pour faire une belle reserve naturelle a ses frais et ensuite remettre le tout « clef en main » au gouvernement chilien. Je souhaite glisser au passage que cette region du globe est une des plus riches en eau et que la conjecture actuelle d’epuisement des ressources du precieux liquide n’a probablement rien a voir avec cet activisme environnemental…

El Che me acompana...

Si je reviens a mon cas, j’ai du faire appel a une partie de mon capital nourriture en la personne de ma pomme et d’un de mes 2 sandwichs et je dois dire que je meure de faim. Apres 2h d’attente au soleil pres du centre en construction sans voir passer un vehicule, je me decide a aller faire un tour du cote des cuisines des ouvriers. C’est Maria, la cuisiniere qui me recoit. Pas la peine de discuter des heures, elle lit la faim dans mes yeux et m’offre un plat de lentilles avec du pain maison. Elle assiste alors au record de vitesse de nettoyage d’assiette et sur ce m’offre des fruits et du pain pour le voyage. Retour au stop apres ca. Rien n’a bouge entretemps et rien n’indique que cela va changer. Que faire ? Aller faire ami-ami avec les travailleurs du centre dont certains sont déjà venus me saluer ou partir a l’aventure, seul dans la nature. Ici se caracterise parfaitement la dichotomie de mon voyage partage entre l’aventure humaine et les escapades solitaires dans la nature.

Avec mes fruits et mon pain je me sens finalement assez fort pour couvrir les 60 km qui me separe de la frontiere et me lance alors a pied sur le sinueux chemin de terre. Pendant 20 km c’est le paradis ! Je suis completement seul au milieu de paysages spectaculaires avec pour seul compagnons des groupes de guanacos qui m’ouvre le passage vers l’Argentine. En fin de journee, alors que je commence a tirer la langue, Zorro est arriveeeeee, sans se presseeeeeeerrrr ! Hum, pardon, mais merci Henri cependant. En fait de Zorro, ce sont les carabiniers de la frontiere qui m’ont « ramasse » sur le chemin. Le sergent chef, Enrique, m’a meme trouve un vieux sofa ou dormir dans leur campement et a demande a sa femme de me preparer une succulente omelette. Une nouvelle fois, grace a une chance insolente, je me couche le ventre plein. Une fois en regle le lendemain, je ne pars pas sans un petit dejeuner copieux dans l’estomac offert par le jeune carabinier en poste. Il ne me reste que 12 km a parcourir pour arriver a la frontiere argentine. 

Cerca de Villa Chacabuco  Guanacos curiosos cerca de Villa Chacabuco  Gracias los carabineros! - Paso Roballos

Comodoro Rivadavia, tierra de viento y de petroleo

A Trelew, je me fais rapidement embarquer par Miguel qui revient de Buenos Aires a bord de sa belle auto, toute propre toute nouvelle. On se charge rapidement de la baptiser a coup de fromage, de saucisson et de miettes de pain. Miguel est foreur de puits pour YPF a Caleta Olivia, au sud de Comodoro, et m’explique comment s’est developpe le negoce du petrole entre les provinces du Chubut et de Santa Cruz. Aujourd’hui, Comodoro Rivadavia est le fer de lance de l’industrie petroliere argentine et a longtemps abritee le siege de YPF, compagnie petroliere anciennement nationale. Pour cette raison tout y est 2 fois plus cher que n’importe quel endroit dans la pays. Cependant, Comodoro possede une autre caracteristique particuliere : c’est un endroit qui abrite des vents violents et plus ou moins permanents et c’est ce qui a permis l’implantation de plusieurs parcs eoliens sur les hauteurs de la ville.

Comodoro desde arriba

Miguel me lache justement a cet endroit a ma demande et je me ballade ainsi plusieurs heures entre les immenses eoliennes a prendre des cliches pour Promethee. En plus de ces moulins a vent de derniere generation, le cerro Arenal abrite egalement des dizaines de puits de petrole et le contraste est saisissant entre ces 2 energies. Comme si l’une sommait l’autre de passer le relais, la jeune pousse face au vieux grigou. Il semblerait cependant que le vieux grigou s’accroche bien ferme a ses interets et ne veuille pas passer la main… Ce soir la j’ai la bonne idee de camper au-dessus de la ville. Je le regrette severement lorsque j’essuie dans la nuit une tempete avec des rafales atteignant 120 km/h. Je suis contraint a sortir 2 fois en urgence au cours de la nuit afin de repiquer la tente. Autant dire que je n’ai pas ferme l’œil de la nuit… Le lendemain, devant l’entree de la tente m’attend sagement un invite, un petit scorpion a l’air avenant.

Parque eolico Antonio Moran - Comodoro  El petroleo es todavia mas grande que el viento...  Scorpionito peligroso! - Comodoro

Cela me prend la matinee pour finalement atteindre le centre de Comodoro et rencontrer Francisco, le pere de la famille qui me recoit ici par l’intermediaire de Couchsurfing. Je passe ensuite la journee avec toute la famille : Laura, la maman, Maru, Jesus et Emilio, les enfants ayant entre 25 et 32 ans. Francisco est peruvien d’origine indigene, mestiza et japonaise ; Laura est argentine d’origine suisse et galicienne. Imaginez la diversite ethnique et culturelle de cette famille ! Cette diversite est une de leurs composantes essentielles, autant que leur generosite et leur sens de l’hospitalite qui n’a pas d’egal. Au cours de cette journee et des jours qui suivent j’aurai l’occasion de discuter avec chacun d’eux, en particulier Laura et Maru, et j’en apprendrai beaucoup sur la famille en elle-meme, dont chacun des membres a une tete incroyablement bien faite et un grand cœur, mais aussi sur Comodoro, l’Argentine et bien d’autres sujets.

Familia Martinez - Comodoro Rivadavia

Le lendemain de mon arrivee dans la famille, je tente desesperement d’organiser un rendez-vous pour visiter l’interieur d’une eolienne. Marche conclu avec les techniciens du parc, rendez-vous le lendemain matin. En attendant, je passe un peu de temps chez mes hotes et je visite l’universite proche de chez eux. Incroyable comme les gens me recoivent la-bas ! Il suffit que je me pointe dans un labo, une salle de cours ou un bureau et les gens se mettent a me parler, a me presenter, a m’informer. Au final, en fin de journee je me retrouve dans le bureau du specialiste de l’eolien dans l’universite. Il me donne un rapide apercu du futur de cette energie, et plus largement des energies renouvelables, en Argentine. En gros : pas d’argent, pas de volonte d’investir ni de former des specialistes mais une abondance de ressources qui rend malade. C’est l’histoire de l’Argentine…

Le lendemain, je me tape 2h30 de marche pour me rendre au parc eolien pour m’entendre dire qu’en fait, apres reconsideration de ma requete, j’ai besoin d’une autorisation pour visiter une nacelle d’eolienne. Super les gars, merci bien ! Pouviez pas me prevenir avant « boludos » ? Bref, il me faut autant de temps pour revenir en ville et du coup je reporte mon depart au lendemain. Comme je n’ai rien de mieux a faire dans l’apres-midi, je me mets a preparer des crepes qui au final enchanterons tout le monde. Le malheur des uns fait le bonheur des autres, c’est bien connu.

En milieu de matinee le lendemain, Laura me depose a la sortie de la ville ou je peux aisement faire du stop.

“Muchas gracias todos ! Fue un placer compartir un poco de tiempo con todos ! espero verles de nuevo subiendo después de Ushuaia!”

Trelew "a la francaise"

Vous vous demandez peut-etre ce qui m’a amene a traverse, une nouvelle fois, le continent sud-americain et qui fait ressembler mon itineraire a une “course de chien fou” comme me l’a si bien dit un ami russe. Le fait est qu’a Trelew se trouve mon premier contact en plus d’un an avec mon monde d’antan, le monde de l’avant-voyage. Il s’agit de Julien. Nos peres allaient souvent chasser ensemble et nous nous retrouvions souvent a gambader a leurs cotes a ces occasions. Je ne l’avais pas vu depuis 5 ans mais peu importe, il me recoit a bras ouverts et me conte son experience argentine. Depuis plusieurs mois a Trelew, il est charge de mettre en place le projet d’abattoir de son pere et de ses associes a Dovalon, une petite ville a 50 km de Trelew. Il travaille avec Guillermo, un impressionnant artisan, exceptionnel forgeur de couteaux.

Senor Pinguino en Punta Tombo  Colonia de pinguinos en Punta Tombo

J’arrive en fin de journee a Trelew et apres une reprise de contact avec Julien nous nous lancons vers Dovalon pour une petite rencontre de football franco-argentine, evidemment suivie d’une troisieme mi-temps toute aussi eprouvante ! Il est entre 3 et 4h, l’heure d’aller au « boliche » me dit Julien. Je vois qu’il a pris le rythme argentin le bougre ! Lorsque nous rentrons il n’est pas loin de 7h et j’ai juste la force de me trainer jusque mon grand lit double qui m’attend chez Julien et Guillermo.

Le lendemain en debut d’apres-midi nous nous rendons a Punta Tombo voir la plus grande colonie de pingouins du continent. Voyage a travers la pampa et les dunes pour enfin arriver a la cote ou les fameux pingouins sont en periode de nidation. Fideles, nos amis en tenue de soiree reste avec la meme paire jusqu'à la fin de leur vie. Le nid, creusee dans la terre meuble, generalement au pied d’un arbustre, possede toujours 2 œufs. Les pingouins sont des centaines et seront bientôt des milliers quand les petits auront eclos. Apres cette belle page nature, retour a Trelew pour une soiree sensiblement semblable a celle de la veille mis a part l’asado qui remplace la partie de foot, sacrement moins sportif du coup. Nous passons ensuite un dimanche tranquille qui permet de recuperer des 2 soirees precedentes.

Guillermo y Julien... y un pinguino (lo pueden ver?)  El equipo de futbol argentino de Dolavon

Le lundi, j’ai enfin l’occasion d’aller visiter l’abattoir ou travaille Julien. Il me fait le tour du proprietaire et m’en explique le fonctionnement. Le lieu est propre et en bon etat. Seuls manquent quelques petits ajustements mais le lancement devrait se faire sous peu. Dommage que je n’aie pas fait la visite dans un abattoir en fonctionnement, ca m’aurait peut-etre enfin fait passer le gout de la viande produite industriellement… Apres une petite coupure « the gallois » memorable dans l’apres-midi (cette partie de la Patagonie comptait de nombreuses colonies galloises et la culture originelle de ces peuples est encore tres presente), nous finissons la journee par une partie de foot et un « cordero patagonico » (meme concept que l’asado sauf que cette fois c’est une brebis qui y passe) dans le restaurant le plus paume de la region. Le repas fut delicieux et la soiree s’est achevee en musique ; le proprietaire s’est revele aussi bon cuisinier que chanteur folklorique ! Pour l’anecdote on nous a aussi force a pousser la chansonnette en francais et on n’a rien trouve de mieux que de massacrer une chanson de Balavoine.

Matadero en Dolavon  Cocinero y cantante, que suerte!

Je laisse finalement Julien et Guillermo en paix le lendemain et prends la route du sud.

« Merci encore « le grand blanc » ! Prends soin de toi et cuidado con las morochas en los boliches ! »

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