Un jour dans la peau d’une mouette voyageuse en transit au bout du monde

Le reveil - ou plutôt ma fidele montre a quartz a dix balles acquise chez Decathlon un an et demi plus tot - emet son petit cri strident devenu si familier ce dernier mois. Il est 6h15, j’ouvre les yeux, ou du moins je tente selon la lourdeur de mon sommeil dependant directement de la fatigue accumulee lors de la soiree precedente. Le soleil est déjà haut et ma chambre est inondee d’une pale lumiere blanche. Bien sur, nous sommes en été a Ushuaia, le soleil ne se couche pour ainsi dire jamais. Le 21 decembre, jour du solstice d’été, la nuit ne dure pas plus de 3 ou 4h. Meme a ce moment la l’obscurite n’est jamais totale, une faible lueur pointe toujours le bout de son nez a l’horizon.

Allez, se lever, se trainer jusqu'à la douche et essayer de s’arranger pour ressembler a quelque chose avant de filer au boulot. Je choisis precautionneusement ma tenue du jour dans ma garde robe de « mochilero » composee de 4 tee-shirts, un pantalon, une polaire et de quelques sous-vetements uses. Heureusement que je porte un uniforme sur mon lieu de travail, autrement mes collegues (et mes clients) me prendraient pour un sans-le-sou ! Je sors de la pension ou je suis recu en tant « qu’invite extraordinaire » et marche dix minutes pour arriver au restaurant Philadelphia ou m’attend Claudia, la receptionniste de nuit, déjà en train de preparer le cafe. Ce matin le soleil est de sortie, petit plaisir appreciable quand on connait le taux de pluviometrie a Ushuaia. Cela me permet egalement d’avoir une belle vue sur le canal de Beagle et l’ile Navarino et ses montagnes enneigees tandis que je descends en trombe la rue du General Rosas. Ca y est, j’atteins la rue San Martin et jette un dernier coup d’œil au port ou s’amoncellent des voiliers des quatres coins du monde a l’ecart des enormes cargos et bateaux de croisiere. Ushuaia est aussi bien un carrefour de touristes fortunes que de marins aventureux apres tout.

Calle en Ushuaia

J’y suis, il est 7h, j’enfile mon costume de scene et m’affaire a preparer le dejeuner-buffet des clients de l’hotel au-dessus du restaurant. Les gestes sont déjà ceux d’un vieil habitue, le travail s’est transforme peu a peu en un rituel dont la routine est attenuee par la diversite des visages qui se presentent a moi chaque jour. La realisation du cycle servir, debarrasser, laver, essuyer, ranger devient presque automatique. Un cafe par ci, un jus d’orange par la, un sandwich a ma droite, un croissant a ma gauche, voila qui me sort de ma routine. Avant midi j’ai juste le temps de nettoyer la salle consecutivement d’un coup de balai et de serpillere avant de mettre le couvert. Jusqu'à maintenant ma solitude n’était trompee que par la presence d’Alejandra, la receptionniste de jour, et des femmes de chambre, Reina, Julietta et Marjo. A l’heure du dejeuner arrive Andres, le cuisiner, dont les racines colombiennes se notent facilement lorsque ce dernier vous interpelle d’un « huevon » ou d’un « parse » bien caracteristique de son pays.

J’espere que les clients vont affluer aujourd’hui. Entre journee creuse et journee pleine je choisis journee pleine. J’y fais toujours des rencontres et cela me permet de gagner quelques pesos de plus par le biais des pourboires. Seul point noir, je suis souvent oblige de raconter mon histoire sans fin. Rapidement, un dialogue type ressemblerait sensiblement a ca :

-          T’as un drole d’accent mon gars, t’es pas d’ici, pas vrai ?

-          Je suis francais.

-          Et de quel coin en France ?

-          Paris.

-          Aaaaah, Paris ! Belle ville hein ?

-          Sur. (Si j’ai un peu de temps je developpe generalement…par politesse)

-          Mais, bon Dieu, qu’est ce que tu fous la l’ami ?

-          Je travaille ca se voit pas… (Apres cette blague de mauvais gout, j’enchaine sur l’histoire de mon voyage qui evidemment ne laisse pas insensible. Ou s’ensuit alors une suite de questions toutes plus banales les unes que les autres ou mon interlocuteur commence a me submerger d’un flot de paroles incessant tout a fait typique de l’argentin moyen et je dois alors trouver un moyen astucieux de m’en debarrasser.)

Bien, quelques tables sont occupees et je jongle entre la cuisine et les clients. Les argentins sont friands des escalopes milanaises, des sandwichs et des frites, faciles a contenter. Les touristes sont plus portes sur le poisson ou une bonne viande accompagnee d’un bon vin. A 16h, alors que le cuisinier a déjà rendu son tablier, je sers les derniers clients et me prepare psychologiquement a laver la vaisselle du jour. La releve arrive et je quitte enfin la salle pour passer a la plonge. Je profite du premier moment libre qui se presente pour dejeuner a mon tour.  J’essuie le dernier verre et prend enfin conge de tout le monde, apres 17h en general.

Commence alors la partie « non programmee » de la journee. J’irais bien a la bibliotheque a deux pas d’ici mais j’ai peur de m’endormir sur le livre de Borges que j’ai recemment attaque. Ah, mais n’ai-je pas un cours de francais a preparer pour mes amis colombiens, venezueliens et argentins ? Non, pas avant demain. Et la petite brune rencontree aujourd’hui au restaurant, ne m’a t-elle pas donne rendez-vous pres de la jetee pour aller visiter la laguna Esmeralda ? Vu le temps, je doute qu’elle ne sorte aujourd’hui… La prison? Non, je l'ai visite il y a une semaine, ses murs froids et ses fenetres etroites m'avaient fortement marques. Je vais aller faire un tour pres des voiliers, malgre la bruine la lumiere est belle et j’aurais peut-etre l’opportunite de discuter avec quelques marins pour un eventuel voyage vers l’Antarctique. D'ailleurs j'ai cru comprendre que le Tara etait a Ushuaia, allons rendre visite a ces aventuriers de la mer. Le vent ne se fait presque pas sentir aujourd’hui et la temperature est agreable, probablement autour des 12°C. Le bateau de peche noir et blanc echoue depuis des annees dans le port n’a toujours pas bouge, les mouettes se laissent porter par le vent leger de fin d’apres-midi, je fais parti du lot.

En el presidio... - Ushuaia  Corridor oscuro y frio del presidio - Ushuaia  Tara - photo du site web Tara Oceans

Anochecer sobre Ushuaia (eran las 23h!!)

Apres avoir deambuler sans but jusqu’au debut de la soiree, je me joins a quelques amis pour partager une petite biere. La soiree risque de se prolonger on dirait ; au choix : cuisine internationale, soiree cine, discussions en tous genres, ecumage de bars (generalement celui ou je travaille vu que l’ambiance y est bonne et que je ne paye pas mes consommations…), improvisation imaginative, etc.

Bar improvisado en un barco abandonado - Ushuaia

Je rejoins finalement mon antre bien trop tard, j’aurais encore du mal a me lever demain, un mardi. Mince, qu’est que ca sera samedi ? Je serai encore tellement fatigue que j'aurais la flemme de mettre le pied dehors...

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