Ushuaia, a la croisee des chemins

J’entame ma quatrieme semaine a Ushuaia. Nous sommes a l’aube du mois de decembre 2010 et d’un nouveau noel passe loin de ma famille et de mes amis. L’etat d’esprit est cependant au beau fixe et ma situation quelque peu differente de l’annee derniere. Arrete pour quelques mois afin de collecter quelques pesos (j’aurais prefere des euros vu le taux de change) et faire un bilan de mi-parcours, je me rends compte que j’ai acheve une etape et je suis maintenant en pleine maturation de la suivante. L’idee initiale de filer vers l’Asie par la suite est plus que jamais d’actualite. Dans combien de temps ? Par quel mode de transport ? Depuis ou et apres quelles nouvelles peripeties en Amerique Latine ? Bueno, tout ca reste a voir…

En attendant quelques mots sur Ushuaia la mythique, la legendaire, l’inatteignable ! A vrai dire, pour moi ce serait plutôt Ushuaia la controversee. Mon opinion est que la ville patit d’une expansion fulgurante due au tourisme. Cette expansion a engendre la venue de nombreux travailleurs tous azimuts qui n’hesitent pas a raser les bois de lengas (arbre local) et a s’installer sur les flancs des montagnes bordant la ville. Ainsi, des quartiers se forment a partir de rien et ne ressemblent finalement…a rien. On assiste en effet a la construction d’habitats faits de bric et de broc sans gestion des eaux usees, sans système de recuperation des dechets (ou au mieux inefficaces), avec le gaz gratuit (subventionne par l’etat) ce qui evidemment n’engage pas a une conscience environnementale pointue et des rues de terre qui se transforme rapidement en boue lors de chutes de neige. Quant au centre, concentre autour de la rue San Martin, il n’offre rien de transcendant mis a part des boutiques exposant des vitrines remplies de peluches de pingouins ou de tee-shirts affichant fierement la devise de la ville : « Ushuaia, fin du monde, debut de tout ! » En gros, tourist-land version fin du monde… J’ajoute a cela que la zone industrielle est aussi laide que ses milliers de semblables, qu'elles appartiennent a la France, le Perou, la Thailande ou la Nouvelle-Guinee.

la zona industrial puede ser bonita cuando quiere... - Ush

Heureusement, le tableau est loin d’etre aussi noir puisque les environs de la ville sont superbes. La vue depuis les hauteurs de la ville sur le canal de Beaggle peut etre epoustouflante lorsque le soleil perce les nuages pour illuminer parcimonieusement l’eau grise de l’ocean Atlantique. Les montagnes ne sont pas impressionnantes de par leur hauteur mais leur relief laisse tout simplement reveur et il est dur de s’arracher a leur contemplation. Les forets de lengas sont envoutantes et lors d’une promenade dans les bois on s’attend a tout instant a tomber nez a nez avec un elfe ou encore un lutin qui surgirait de la verdoyante mousse qui recouvre chaque coin de terre. La foret est jonchee de bois mort qui donne au lieu un aspect de delabrement charmeur et de nature indomptee. La faune et la flore s’apparentent a celles de la Patagonie de la cordillere. Je n’en dirais pas plus et j’invite les plus curieux a aller se renseigner sur les lions de mer, les castors, les pingouins, les hongos del indio, les lengas ou les coihues pour ne citer qu'eux. Au sein d'Ushuaia, la jetee et la marina sont aussi des endroits tres agreables ou se promener. Un vieux bateau echoue sert precisement de lieu de rencontre ou descendre quelques mousses apres le travail et echanger des souvenirs de voyage a l’image de vieux briscards.

canal de beaggle - Ush  laguna esmeralda - Ush  cerro olivia y cinco hermanos - Ush

bosque de lengas - Ush  Our boat! - Ush

Malgre mon peu de temps libre, j’ai malgre tout reussi a explorer un peu les environs par l’entremise de quelques ballades bucoliques.

Le temps a Ushuaia est egalement quelque chose de fascinant. Imaginez un endroit ou les 4 saisons se succedent en un seul jour : du froid ciel bleu azur le matin lorsque je m’en vais travailler, on passe ensuite a la pluie fine et aux gros nuages gris-noir qui annoncent une chute de neige qui est ensuite remplacee par le retour du soleil, haut et chaud cette fois, et une eventuelle brise qui se transforme parfois en rafales glaciales. Nous sommes ici presque en ete, cependant attribuer une saison a cet endroit unique qui possede son propre micro-climat n’a, selon moi, aucun sens.

En ce qui concerne ma petite vie a Ushuaia, les premieres semaines ont été plutôt remplies. Mon travail de serveur/plongeur/aide cuisinier/caissier/homme de menage est particulierement instructif sur le domaine de la gastronomie que je n’avais jamais frequente. Il existe par ailleurs nombre d’exigences dans la restauration que je n’aurais jamais soupconne ; a part ca mon seul probleme est ma grande gourmandise qui me pousse a piller les reserves de nourriture de la cuisine. Cependant, je lutte ferocement contre mes instincts carnassiers pour eviter de me faire jeter dehors pour « appetit insatiable ». Sans doute une faute professionnelle grave dans ce metier… Mes collegues de travail sont plutôt sympathiques et j’ai bien été integre a l’equipe. J’ai maintenant assimile la routine du boulot et mes 60h de travail hebdomadaires, dimanches exclus, ne me fatiguent plus autant que les premiers jours.

En 3 semaines j’ai eu l’occasion de changer 4 fois de logement et je suis maintenant dans la maison de Liliana, une femme adorable et incroyablement energique qui me loue une chambre pour une misere. L’avantage de n’avoir qu’un sac a dos pour seul bagage est la rapidite de mes demenagements…

La particularite d’Ushuaia est d’etre la ville la plus au sud du continent americain. Cette particularite attire un grand nombre de voyageurs (et de touristes dont la majorite, et je m’en excuse, ne comprennent pas le sens de ce que cela signifie puisqu’ils arrivent directement de Buenos Aires apres 2h d’avion) qui, une fois sur place, ne peuvent aller plus au sud et restent donc ainsi quelques temps en ville. Pas plus au sud ai-je dit ? A voir… Il se trouve qu’avec mes amis russes nous avons eu l’opportunite de rencontrer une sommite dans le « vagabondage comme philosophie de vie », Juan Villarino, dont j’avais lu le recit des aventures au Moyen-Orient lorsque j’etais au Perou. Le bonhomme revenait tout simplement de 10 jours en Antarctique aux frais de la princesse apres avoir reussi a se faire prendre en stop sur un bateau de croisiere ! Chapeau ! Ce fut une belle reunion d’auto-stoppeurs au long cours entre George et Anastasia et leurs 19 mois de voyage, Juan et Laura, tous deux voyageurs inveteres et experimentes, qui entament un trajet Antarctique-Groenland et moi-meme qui en suis tout de meme a 15 mois de peregrinations. Je cite les temps de voyage mais la maniere importe bien plus, a retenir jeunes voyageurs en herbe !

Hitch-hikers summit! - Ush

Outre cette belle rencontre, j’avais déjà mentionne Patrick, un jeune auto-stoppeur de l’extreme venu tout droit des States (on lui pardonne, c’est pas facile a porter) et qui tente d’accumuler quelques pesos en travaillant ici comme boulanger. J’ai egalement retrouve des amis colombiens rencontres a Bariloche ;ces derniers restent travailler a Ushuaia et je les croise donc souvent. Une amie de Mendoza, Valeria,  egalement venue remplir les bancs des travailleurs temporaires d’Ushuaia. Un orchestre de jeunes bouddhistes « portenos » (terme attribue aux habitants de Buenos Aires) dont la philosophie de vie ressemble etrangement a celle du « mochilero » a l’esprit avise et ouvert sur le monde. Une sociologue bresilienne parlant un francais impeccable et connaissant Grenoble et Paris sur le bout des doigts. Le destin est joueur… Et enfin, beaucoup de francais qui me permettent de me rememorer la langue de Moliere que j’oublie peu a peu par manque de pratique, beaucoup d'argentins toujours aussi sympathiques et bien d'autres.

Orquesta Vanguardia Ikeda tocando - Ush  Caminata al glaciar Martial - Ush

Mes amis russes ont finalement quitte la ville et entament leur voyage du retour vers le Canada, je leur souhaite bonne chance et un bon voyage. Les uns s’en vont, les autres restent ; cela semble etre le credo de cette ville a la croisee des chemins…

Locos vagabundos rusos, pero bueno, son mis amigos... - Ush

Commentaires (2)

1. Mounir 03/12/2010

Hey Parain !!!!
ça fait longtemps. premièrement j'espère que tu vas bien. D'après les photos et les récits, je pense que oui. C'est vraiment extraordinaire ce que tu fais. Ça nous permet de voyager avec toi, c'est vraiment cool.

J'ai essayé de suivre progressivement ton parcours mais j'ai pas tjs eu internet à portée de main...

Pour ma part, j'ai fait ma 3A en suède pendant un an de septembre 2009 à mai 2010.

En rentrant j'ai fais mon stage 2A chez EDF à Ajaccio. La je rentre tout juste. En janvier je fais mon PFE chez Alstom à Paris.

Voila pour la petite histoire. Donne moi de tes news quand tu auras 5 min :
mecheri*point*mounir*at*gmail*point*com

A bientot j'espère. Bonne route !!
Mounir

2. Satan (site web) 05/12/2010

Un post très descriptive, nous sommes impressionnés par tus sens aigu! Tu mentionner tous les détails intéressants. Tu ne m'en voudrez pas si nous empruntons une partie de tus points quand nous allons écrire nos mémoires plus tard, n´est pas? Cool photo à la fin, on pourrait le prendre pour une photo de profil:)

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