Racket a la japonaise

Lorsque je quitte Kochi, un grand soleil m’accompagne alors que j’avale les kilometers (facon de parler vu que j’avance avec une bicyclette charge et deja fatiguee par 15 jours de voyage). Mon euphorie est coupee nette lorsque je creve pour la premiere fois et que je m’arrete pour reparer. Je repars une heure apres les mains noires de camboui. En fin d’apres-midi j’atteins le cap de Muroto, le cap sud est de Shikoku. J’y visite mon deuxieme temple inclut dans le pelerinage de l’ile et considere comme remplit mon contrat de non-pelerin mais visiteur de l’ile. Deux caps (et deux phares evidemment), deux temples et des dizaines de pelerins. Voila mes statistiques pour Shikoku !

Muroto misaki  Pelerin de bronze - Muroto

Je passe la nuit un peu plus haut sur la cote et pousse la paresse jusqu'à planter ma tente orientee plein est afin de n’avoir qu’a sortir la tete par l’ouverture pour assister au lever de soleil. A 5h j’ai ainsi droit a un nouveau lever de soleil rouge au-dessus des flots. Le lendemain, j’arrive pres de Tokushima. J’ai laisse derriere moi plages desertes et petits villages de campagne pour rejoindre la grande ville, son traffic, son gris et sa morosite. Pour echapper a cette vague de depression qui me submerge une fois en ville, je gravis un petit mont ou je passerai la nuit. J’y fais la connaissance d’un jeune agriculteur venu faire son jogging. Notre conversation en japonais reste limitee mais il me glisse quelques mots lorsque je lui parle de mon voyage. Je ne l’oublierai jamais a cause de l’intensite de son regard et de sa poignee de main au moment de les dire : « Ichigo Ichie ». Il s’agit d’une expression, comme d’autres qu’on m’a appris avant, dont la signification profonde n’est pas refletee par sa courte construction syllabique. Sa traduction pourrait etre : « saisie ta chance car ce moment est special et il ne se reproduira pas ».

Cote est de Shikoku  Quand la nature reprend ses droits... - Shikoku  Sunrise, sunrise! - Shikoku

Apres une nuit a faire peur aux amoureux venus observer romantiquement la ville et ses lumieres (comment reagiriez vous si apparaissait une tete dans le noir demandant humblement d’essayer de baisser le volume des gloussements et exclamations intempestives ?), je m’elance a nouveau dans la pluie et le vent qui se leve dangeureusement. Je suis rapidement a Naruto et son fameux detroit, ou peuvent etre observes d’etranges tourbillons provoques par la rencontre des courants marins de l’ocean Pacifique et de la mer interieure du Japon. Ma preoccupation neanmoins a ce moment la est : comment vais-je passer le satane pont qui me separe de l’ile d’Awaji et par consequent d’Honshu et Kobe? A savoir que le passage sur le pont se fait par une autoroute, par definition payante, et qu’il n’existe aucune voie cyclable ou meme un trottoir pour les pietons. Apres m’etre fait arrete par la securite routiere alors que je m’engageais a contre-sens sur l’autoroute (j’etais dans la voie d’urgence, pas de panique !), apres m’etre fait evacuer par la police alors que j’avais entame le stop au plus proche peage et apres avoir demande a 50 personnes differentes par quel moyen pouvait-on esperer traverser ce fichu pont a velo, j’ai finalement abdique et trouve un bus local acceptant de me transporter moi et mon velo sur Awaji. Il s’agissait donc de trouver le moyen de franchir un obstacle dont le but est de faire franchir des obstacles, j’ai du mal a comprendre la logique du processus. Processus evidemment capitalistique (dans le mauvais sens du terme) puisque j’ai debourse 640 yens (6 euros) pour 5 minutes en bus et quelques bornes de trajet, un vrai racket !

Une fois a Awaji, je dois remonter mon velo alors demonte pour pouvoir prendre le bus, et je peux reprendre la route. En fin de journee, apres avoir longe la cote est de l’ile et traverse un nombre incalculable de champs d’oignons (et vu un nombre encore plus incalculable d’oignons), je bivouaque sur une superbe pelouse en bord de mer qui semblait n’attendre que moi. Le matin suivant, lorsque je me reveille a 6h30, je me rends compte qu’elle ne faisait vraiment que « sembler » m’attendre puisqu’en fait elle attendait un groupe de retraites matinaux venus jouer au croquet a la faveur des premieres lueurs du jour. Ma tente est negligemment plantee a la peripherie de leur terrain de jeu mais ca ne semble gener personne. Ca ne semble pas…

Un dernier coup de rein pour atteindre le pont de l’extremite nord de l’ile ou cette fois le racket se fait a bord d’un ferry et non d’un bus, avec un supplement pour le velo en prime. Un alcolo dans le ferry et evidemment il vient parler au voyageur a bicyclette qui attire les regards. C’est toujours la meme histoire, j’attire soit les ivrognes, soit les fous, soit les shootes au cafe ou toute autre sorte de parias de la societe. Je ne m’en plains pas toujours, c’est parfois instructif. Mais pas ce jour la… Je debarque a Akashi et couvre rapidement les quelques kilometres restants me separant de Kobe. Nous sommes le 2 juin. Apres trois semaines a velo, la boucle est bouclee.

Pont Naruto-Awaji et tourbillons  Pont Awaji-Akashi

Voyager a velo dans cette partie du Japon fut un vrai plaisir. Je crois sincerement que c’était le meilleur moyen d’en decouvrir les paysages et les richesses naturelles. Cependant, meme si j’ai fait de superbes rencontres pendant ces trois semaines, je n’echangerai pour rien au monde le stop avec le velo. La composante sociale inherente au stop m’est bien trop chere et je ne troquerais meme pas ca pour les plus beaux paysages du monde. Je dois avoir une ame d’anthropologue, j’ai manque ma vocation…

Hein Simio, que le stop c'est mieux que le velo?

Commentaires (1)

1. Paul 21/11/2022

Super, c'est fou comment le japon peut ressembler à Malte sur les paysages ! Si vous voules faire un voyage à Malte je vous le conseil fortement ! Cette une petite île pleine de surprise

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