En la sierra peruana

Je quitte Huaraz tot le lendemain. Une fois a la sortie de la ville, j’attends 2h avant qu’Alejandro ne se presente dans son pick-up. Assez dur de se faire embarquer dans ce coin ; en effet, les seuls vehicules que je croise, outre les bus et les colectivos que j’elimine d’emblee, sont soit des camions-benne transportant du minerai soit des camionettes appartenant aux mines environnantes, tres nombreuses dans la vallee. Aucun de ces vehicules n’est autorise a me prendre en theorie. Alejandro est ingenieur des mines et me fait un topo complet sur sa profession. Il reste tres lucide sur les dommages causes a l’environnement par son activite mais a un an de la retraite ce n’est pas ce qui le fera changer de metier. Lorsque nous parlons de la fonte des glaciers, il me propose tout simplement de peindre les montagnes en blanc. A approfondir… Nous quittons la cordillere au bout d’un moment et prenons de l’altitude pour enfin nous retrouver dans une immense plaine au pied des montagnes. Je l’abandonne ici et m’offre une petite marche d’une heure dans ce splendide decor en attendant de poursuivre le stop.

Cerca de la hacienda cruz cancha Cerca de la hacienda cruz cancha

Je me fais ensuite embarquer en camion par Arturo qui va charger du minerai a la mine de Huallanca. Encore une fois nous traversons de superbes paysages, alternant entre les froides cimes des hauts sommets et les vallees fertiles de la sierra. Arturo aussi a de bonnes idees, il m’explique comment l’homme peut garder le controle sur sa femme en ayant le droit exclusif au travail et ainsi gerer la situation financiere du foyer et entrainer une soumission totale de sa compagne. Quand je lui explique que ca ne se passe pas vraiment comme ca en France, il sourit et me dit qu’il ne penserait pas pouvoir s’adapter a notre culture.

Cerca de Huallanca

Je descends donc a la ville miniere de Huallanca et, a peine ai-je le temps d’entamer ma marche vers le prochain village, qu’apparait Tito avec son camion-benne. Il m’embarque jusqu'à une carriere pres de La Union. Il est pres de 17h et je sollicite alors un paysan du coin pour obtenir l’autorisation de camper dans un champ. Carlos Salazar me recoit dans sa ferme et je peux camper tranquillement pres de ses vaches et de ses brebis. Coup de bol, a proximite de la ferme se trouve des bains thermaux. J’en profite pour aller me faire un petit sauna creuse dans la roche. Un pur bonheur de sentir l’eau chaude sur mon petit corps malingre !

Au retour de mon sauna, la nuit est déjà tombee et la temperature avec. Je me regale de deux clementines qui constituaient mes dernieres victuailles et file dans la tente. Carlos m’a egalement appris qu’au-dessus de sa ferme se trouve un site archeologique d’importance, Huanuco Pampa, et que je peux aller le visiter le lendemain. Ce que je ne manque pas de faire en m’engageant a 6h le lendemain sur le chemin menant a ce site. Arrive en haut de la montagne, je me fais accueillir par une horde de chiens hargneux qui s’en prennent a mes molets. Apres une lutte acharnee je finis les molets saufs mais le pantalon dechire. Je suis encore bon pour un atelier couture le soir, salete de cabots ! Le paysage est impressionnant, le haut de la montagne est en fait une grande plaine ou vivent chichement quelques familles Quechuas. Evidemment, le gringo fait peur a tout le monde et les gens m’evitent.  Je me debrouille donc seul pour trouver le site. Je suis recu par Euler, le gardien du site, qui me fait la visite. Le site n’est pas excessivement impressionnant mais les 2h passees avec Euler qui connait le lieu sur le bout des doigts rendent finalement la visite tres interessante et enrichissante. Il s’agissait du centre administratif de l’empire Inca et de nombreuses routes passaient par ce centre. Apres ca, je m’en retourne dans la vallee, recupere mon sac et salue Carlos pour sa generosite avant de marcher jusqu'à La Union a 3 km de la.

Cerca de La Union Templo central de Huanuco Pampa 

Mi guia Euler en Huanuco Pampa 

J’y dejeune tranquillement et quitte ensuite la ville pour entamer le stop jusqu'à Huanuco. Juste le temps d’une petite sieste et me voila dans le camion de Robert. Bien que la route soit plutôt bonne considerant les criteres peruviens, Robert ne depasse pas le 15 km/h et j’ai le temps d’apprecier le paysage et le deroulement de la vie dans la sierra. J’ai entendu dire un jour qu’il n’y avait presque plus d’anes en France. Ici c’est l’inverse, l’ane est indispensable a tout bon « campesino ». Nous finissons le trajet de nuit mais cela ne me gene pas car je ne rate pas grand chose du paysage vu notre allure. Ce quime gene par contre, c’est le CD de 6 chansons evangelistes qui tourne en boucle dans le camion. A la troisieme reprise je me contiens difficilement pour ne pas jeter l’autoradio par la fenetre… Arrive a Huanuco, j’avais pour secret espoir de dormir dans le camion de Robert mais ce dernier me depose finalement en ville. Il est déjà tard et je suis condamne a trouver un hotel. Je prends le moins cher et je le regrette rapidement car c’est aussi le plus sordide. Je ne m’attarde pas a Huanuco et poursuis mon voyage. Alors que je marche vers la sortie de la ville, je me fais alpaguer par Tito qui commence a discuter avec moi. Au bout de deux minutes, alors que je lui explique que je sors de la ville pour aller faire du stop, il arrete un camion qui passe dans la rue et m’y fais monter. Il s’agit d’un transporteur qui charge sa marchandise jusqu'à Lima. Merci Tito, tu me facilites grandement la tache !

Je me retrouve donc avec Nico et son collegue qui dort sur sa couchette en direction de Lima. Alors que je discute tranquillement avec Nico une bonne partie du trajet, nous passons successivement par des canyons et des montagnes de moyenne et haute altitude. Nous arrivons ensuite a la Laguna de Junin, a plus de 4000 m, qui est en fait une immense plaine qui s’etale sur plusieurs dizaines de kilometres. Coincee entre les montagnes et ponctuee de plusieurs villes minieres, la plaine est somptueuse de meme que l’enorme lac enson centre ! Elle abrite egalement de nombreux animaux et a été decretee reserve naturelle. A noter que dans cette plaine un obelisque marque la victoire des troupes de Simon Bolivar sur les espagnols. Or,lorsque j’en demande innocemment la signification au collegue de Nico, celui-ci me repond qu’il s’agit d’un edifice a la gloire de la victoire du Perou sur le Chili qui reussit a derouter les troupes chiliennes grace a des hordes de lamas. Comment voulez-vous que je m’instruise correctement avec ce genre de commentaires ?

Laguna de Junin Laguna de Junin

Nous sortons finalement de la plaine et nous retrouvons a nouveau dans les montagnes. Arrive a La Oroya apres 7h de voyage, je quitte mes chauffeurs car je ne souhaite pas aller a Lima ou ces derniers se rendent. Au contraire, je souhaite rester dans la sierra et continuer a arpenter ses incroyables paysages. Je passe donc la nuit dans cette ville miniere (encore une) qui possede la seule usine de traitement des metaux de toutes les Andes. Je dors a l’hotel car apres de 4000 m les nuits sont froides et ma tente et mon duvet ne font pas le poids. Le lendemain, je tente de visiter l’usine hydroelectrique de la ville mais sans succes, il me faut un laissez-passer que je ne peux acquerir qu’a Lima. Sans y etre alle mais suite aux si nombreux commentaires que j’en recois, je hais Lima pour regrouper en son sein les competences techniques du pays, pour accueillir un tiers de la population du Perou et pour sa vie agitee, bruyante et polluee. Revenant du barrage je tombe sur une manifestation des employes de l’usine de traitement des metaux. Leur employeur americain a deserte la ville il y a un an et les ouvriers sont depuis sans travail. Ils manifestent depuis tout ce temps pour leur droit d’acces au travail.

Vista de La Oroya Obreros en paro - La Oroya

En debut d’apres-midi je suis en partance pour Huancayo a bord d’un luxueux 4x4 Toyota. Le proprietaire fait tour a tour payer les occupants qui descendent au compte-gouttes. Je suis exonere de paiement. C’est souvent le probleme au Perou, les vehicules prives sont tres rares car inabordables pour la majorite de la population et ceux qui possedent donc un vehicule jouent le role de taxi. Je suis souvent oblige de preciser que je n’ai pas l’intention de payer et que je compte sur la generosite de mon interlocuteur.

Je sors rapidement de Huancayo, une grande ville bruyante mais comportant cependant de jolis edifices et je me retrouve au marche a la peripherie de la ville. Je partage un fou rire avec quelques vieilles femmes a qui j’achete des feuilles de coca (pas fameux soit dit en passant) et j’amuse la galerie au stand des patisseries ou je m’arrete inevitablement. Apres ca, je parcours un peu la campagne avant d’etre embarque par Julio. Alors que je decris les conditions de vie en France a Julio, ce dernier me dit a un moment : « Dans ce pays nous travaillons pour survivre, pas pour vivre. » C’est une phrase qui resume tres bien la difference entre les occidentaux qui travaillent pour economiser et profiter un minimum de la vie et les latinos qui travaillent la plupart du temps pour avoir simplement de quoi manger le soir. Evidemment le sujet est plus complique que ca mais l’idee de base n’est pas eloignee de cette constatation.

La nuit tombee, je demande a etre depose entre deux villages ou je peux camper sereinement. Inutile de dire qu’il a fait froid… Je me lance sur la route au petit matin et apres une bonne marche vivifiante, je me fais embarquer par Edwin. Edwin est l’ancien maire du district de Yauni. Je le bombarde evidemment de questions sur ce qu’implique une telle charge. Quand on en vient au theme de la corruption, tres fort au Perou, ce dernier se fait moins loquace et m’informe que les autorites lui en veulent. Ben voyons ! En bref, l’individu a le charisme et la volonte pour faire un bon maire mais je crains qu’il ne soit pas tout blanc. Simple opinion personnelle. Nous restons dans les montagnes et passons par Yauni, un village d’importance perdu dans les montagnes et accessible par piste, avant d’arriver a Huancavelica, l’ancienne capitale du mercure du Perou.

J’y suis en fin de matinee et j’en profite pour faire rafistoler mon sac qui commence a souffrir de tant de peripeties. Je vais egalement manger au marche ou la bonne dame qui me sert essaye en vain de me fiancer avec sa fille. Je dois dire que l’episode nous a tous bien amuses meme si ca n’a pas ete  facile de m’en sortir. Alors que je sors de Huancavelica, la ville aux belles eglises selon les locaux, je tombe sur une professeure d’ecole qui me presse de faire une presentation dans sa classe le lendemain. Ceux qui me connaissent savent que mes competences pedagogiques frisent le zero absolu et je ne vois pas trop ce que je pourrais dire a ces petits peruviens. Bon, je me laisse convaincre meme si Mme la professeure est incapable de me trouver un logement. Qu’a cela ne tienne, je m’en vais moi meme solliciter l’ecole pour pouvoir dormir dans un coin et je suis recu par Lucia, une dame de service, qui me loge gentiment dans la chambre de la gardienne, absente pour cette nuit (elle fera d’ailleurs la gueule le lendemain…). Je fais donc ma petite presentation le lendemain. Bien que cette derniere s’avere pathetique, les eleves ages de 9 a 11 ans sont tellement contents et excites de recevoir un « gringo » dans leur classe que meme Mac Lesggy serait pale de jalousie devant un tel succes. Apres mon triomphe matinal, je reste 1h chez Marcelino, un sympathique cordonnier qui colmate les trous dans mes chaussures. Elles aussi commencent a souffrir du trajet et cette depense s’averait inevitable…

Iglesia plaza de armas - Huancavelica Mi futura esposa y su madre! - Huancavelica Marcelino, el simpatico zapatero - Huancavelica

Mi clase de un dia! - Huancavelica

Je quitte la ville a pied vers 10h30 en imaginant qu’un quelconque camion va bientôt croiser ma route. 3h de marche apres et quelques centaines de metres de denivele au compteur, je m’affale epuise en haut du mont que je viens de gravir. Je n’irai pas plus loin, ou on m’embarque ou je dors ici (meme si je prefererais qu’on m’embarque parce qu’il fait tres froid) ! A 16h passe (enfin !) un camion conduit par Pedro. Je me jette presque sous ses roues pour qu’il s’arrete. Ce dernier me sauve non seulement du froid mais aussi d’un paysan saoul et a l’haleine de coca qui était venu me proposer le gite. Malgre sa gentillesse j’etais peu tente. A bord du camion de Pedro j’atteins mon record d’altitude puisque nous passons la soi-disant plus haute passe du monde a un peu plus de 5000m. Autant dire qu’a cette hauteur la terre n’est plus cultivable et les habitants ne vivent que de l’elevage, lamas, alpacas et brebis pour la plupart. Au risque de me repeter, le paysage est une nouvelle fois superbe ! Les montagnes changent d’aspect tous les 10 km et, a l’approche de Santa Ines, nous passons d’enormes lacs de montagne sur lesquels se reflete le coucher de soleil. Magique !

Esperando un trailer - Despues de Huancavelica Montañas antes de Santa Ines Atardecer desde el trailer - cerca de Santa Ines

Passe Santa Ines la nuit tombe. Nous amorcons la descente vers la cote et la ville de Pisco. Nous nous arretons en chemin pour roupiller quelques heures. A l’arret,Pedro me demande combien je compte le payer. Mince, je ne m’y attendais pas a celle-la ! Heureusement,en quelques mois j’ai eu le temps d’amorcer une riposte : il suffit de prendre un air completement devaste et surpris, de feindre l’ignorance complete de ce genre de pratiques et d’avoir l’air credible lorsque vous dites que vous n’avez pas d’argent. Ca marche et Pedro me depose meme jusqu'à Pisco centre quelques heures plus tard. Je renoue avec la cote pour quelques temps.

Commentaires (3)

1. sara 09/06/2010

Arturo aussi a de bonnes idées , que sa femme lui soit soumise je vois l'ironie dans ta phrase , j'espère que c'en est en tout cas ;)

2. Jyer 19/06/2010

Kyaaaa des lamas!! Tu m'en ramène un, dis dis??

3. Martine H 20/06/2010

Ton périple à quelques allures de Pékin Express mais tellement plus authentique et réaliste...Continues de profiter de toutes ces rencontres formidables et combien riches....A bientôt sur les ondes...Martine H

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